
Visiter Kairouan en tant que non-musulman ne se limite pas à respecter une liste de règles, mais à comprendre la logique du sacré qui infuse la ville pour transformer la crainte de l’impair en une expérience de connexion authentique.
- La clé est de passer d’une posture de simple touriste à celle d’un invité respectueux, en adoptant des codes vestimentaires et comportementaux adaptés.
- L’appréciation de l’artisanat (tapis, cuivre) et des traditions (makroudh) fait partie intégrante de la visite et du respect de la culture locale.
Recommandation : Abordez votre visite non comme une série de contraintes, mais comme une opportunité d’immersion : observez, écoutez et agissez avec une humilité qui vous ouvrira les portes d’une hospitalité sincère.
Franchir les portes de Kairouan, c’est pénétrer dans un lieu où le spirituel et le quotidien s’entremêlent à chaque coin de rue. Pour le voyageur non-musulman, cette perspective est aussi fascinante qu’intimidante. La question centrale n’est pas seulement « ai-je le droit d’entrer ? », mais plutôt « comment puis-je être un invité respectueux ? ». La crainte de commettre un impair, de heurter une sensibilité ou de se voir refuser l’accès à la majestueuse Grande Mosquée est une préoccupation légitime qui freine de nombreux visiteurs.
Les conseils habituels se résument souvent à des instructions pratiques : couvrez vos épaules, ne prenez pas de photos partout, méfiez-vous des rabatteurs. Bien que justes, ces règles ne sont que la partie visible d’une réalité plus profonde. Elles sont les symptômes d’une grammaire culturelle et spirituelle que peu de guides prennent le temps d’expliquer. Car le respect à Kairouan ne se porte pas seulement comme un vêtement ; il se manifeste dans le regard que l’on porte sur un tapis noué à la main, dans la manière de déguster un makroudh, et dans le silence que l’on observe dans la cour de la mosquée.
Et si la véritable clé n’était pas de suivre aveuglément des interdits, mais de comprendre la logique du sacré qui les sous-tend ? Cet article propose une approche différente. Au lieu d’une simple liste de choses à faire et à ne pas faire, il vous offre les clés de lecture pour transformer votre visite. Nous explorerons ensemble comment le respect des traditions artisanales, la compréhension des légendes locales et une attitude humble sont les véritables passeports pour découvrir l’âme de Kairouan, bien au-delà des murs de sa mosquée.
Ce guide est structuré comme un parcours initiatique, allant des savoir-faire qui font la renommée de la ville aux codes comportementaux essentiels. Chaque étape vous préparera à mieux apprécier la suivante, pour une immersion complète et respectueuse dans la capitale spirituelle du Maghreb.
Sommaire : Guide complet pour une visite respectueuse de Kairouan
- Tapis noué ou tissé : quelle est la différence de prix et de qualité ?
- Pourquoi le Makroudh de Kairouan est-il réputé meilleur que celui de Tunis ?
- Le mythe du puits de Bir Barrouta : pourquoi le chameau tourne-t-il ?
- L’erreur de suivre un « rabatteur » jusque dans sa boutique de tapis isolée
- Quand partir de Sousse pour faire l’aller-retour à Kairouan dans la journée ?
- L’erreur vestimentaire à ne pas faire en visitant les villages conservateurs
- Cuivre martelé : pourquoi le travail à la main justifie-t-il le prix ?
- Tenue vestimentaire et comportement : quelles sont les règles strictes dans une ville sainte ?
Tapis noué ou tissé : quelle est la différence de prix et de qualité ?
Comprendre Kairouan, c’est d’abord apprécier le temps et le savoir-faire qui façonnent son identité. Le tapis, plus qu’un simple souvenir, est un livre d’histoire textile. La distinction fondamentale se situe entre le tapis noué (« zarbia ») et le tapis tissé (« kilim » ou « mergoum »). Cette différence n’est pas qu’esthétique, elle est technique et économique. Le tapis noué est une œuvre de patience où chaque brin de laine est attaché à la main sur la trame. Un tapis noué de qualité peut ainsi contenir entre 100 000 et 160 000 nœuds par mètre carré, justifiant un prix parfois dix fois supérieur à celui d’un tapis tissé.

Le tissé, lui, est plus rapide à produire, les motifs étant créés par le passage de fils de couleurs différentes. Il est plus léger, plus souple, mais aussi moins durable. Kairouan a même innové avec le « mergoum », une technique hybride fascinante. C’est une spécialité qui illustre l’ingéniosité locale pour créer un produit à la fois robuste et richement décoré.
Le mergoum : l’innovation entre le noué et le tissé
Création unique de Kairouan et de ses environs, le mergoum est un tapis qui se situe à mi-chemin entre le tapis noué et le kilim. Sa structure combine une trame en laine et une chaîne en coton, lui conférant une rigidité et une solidité supérieures à celles du kilim. La technique est singulière : le fond est tissé plat, tandis que les motifs géométriques sont brodés avec des nœuds inversés. Le résultat est un tapis à l’aspect lisse mais avec des reliefs distincts, sans les poils caractéristiques d’un tapis noué. C’est un parfait exemple d’un artisanat vivant, qui a su évoluer tout en conservant son âme.
Reconnaître cette différence est le premier pas vers un achat éclairé et respectueux. Cela vous permet de comprendre la valeur du travail de l’artisan et de ne pas comparer des produits qui n’ont rien en commun. Apprécier un tapis, c’est apprécier les heures, voire les mois, de travail qui y sont consacrés.
Pourquoi le Makroudh de Kairouan est-il réputé meilleur que celui de Tunis ?
De l’artisanat des mains à celui du palais, la quête d’excellence de Kairouan se goûte dans sa pâtisserie la plus emblématique : le makroudh. Si cette douceur à base de semoule et de dattes se trouve dans tout le Maghreb, celle de Kairouan jouit d’une réputation inégalée. Le secret ne réside pas dans une recette magique, mais dans une exigence quasi sacrée appliquée à chaque étape de sa confection, une tradition qui remonte à la fondation de la ville.
Contrairement à d’autres variantes régionales, le makroudh kairouanais traditionnel impose l’utilisation d’ingrédients nobles et spécifiques. L’huile d’olive pure locale remplace les huiles végétales neutres, le miel artisanal est préféré au simple sirop de sucre, et la semoule de blé dur est sélectionnée avec une rigueur obsessionnelle. Cette orthodoxie des matières premières est un héritage perpétué par des dynasties d’artisans, comme la famille Ben Soukrana, qui depuis 1911 considère la pâte comme un « Neïma », un don de Dieu à ne jamais altérer.
Cette approche se traduit par une expérience gustative unique : une texture à la fois fondante et friable, une saveur profonde où le fruit de l’olivier et le parfum des fleurs d’oranger soutiennent la douceur de la datte sans l’écraser. Le tableau ci-dessous, inspiré d’une analyse comparative des ingrédients, met en lumière ces différences fondamentales.
| Critère | Kairouan | Autres régions |
|---|---|---|
| Matière grasse | Huile d’olive pure locale | Huiles végétales neutres ou beurre |
| Édulcorant | Miel artisanal et sirop d’orange | Sirop de sucre simple |
| Texture de semoule | Semoule fine de blé dur local | Semoule moyenne variable |
| Technique de friture | Double friture ou température contrôlée | Friture simple |
| Fréquence de production | Quotidienne (tradition de pèlerinage) | Occasionnelle (fêtes) |
Déguster un makroudh à Kairouan, ce n’est donc pas seulement manger un gâteau ; c’est prendre part à une tradition d’excellence et de respect du produit qui fait écho au statut spirituel de la ville.
Le mythe du puits de Bir Barrouta : pourquoi le chameau tourne-t-il ?
Au-delà des savoir-faire tangibles, l’âme de Kairouan se niche dans ses légendes et ses lieux empreints de mystère. Le puits de Bir Barrouta, situé au cœur de la médina, en est l’un des exemples les plus poétiques. À première vue, on pourrait n’y voir qu’une attraction touristique : un dromadaire aux yeux bandés qui, en tournant inlassablement, actionne une noria pour puiser l’eau d’un puits. Mais s’arrêter à cette image serait manquer l’essentiel de sa dimension spirituelle.
Le dromadaire ne tourne pas pour le folklore. Il perpétue un geste ancestral qui assurait l’approvisionnement en eau de la cité. Le mécanisme de la noria, avec ses godets en terre cuite remontant l’eau fraîche des profondeurs, est un chef-d’œuvre d’ingénierie ancienne. Le bandeau sur les yeux de l’animal n’est pas une cruauté, mais une nécessité pour qu’il ne souffre pas de vertige en tournant en rond toute la journée.
Mais la véritable magie du lieu réside dans la légende. La tradition orale raconte que le puits serait miraculeusement relié à la source Zamzam de La Mecque. Un pèlerin aurait perdu sa coupe à La Mecque pour la retrouver, des années plus tard, dans les profondeurs de Bir Barrouta. Cette croyance confère à son eau un caractère sacré, et en boire une gorgée est un geste symbolique pour de nombreux visiteurs. Le lieu devient alors plus qu’un puits : c’est un point de connexion spirituelle, un rappel tangible du lien historique et religieux entre Kairouan et le cœur de l’Islam. Le dromadaire, dans sa ronde hypnotique, devient le gardien patient de ce mythe.
L’erreur de suivre un « rabatteur » jusque dans sa boutique de tapis isolée
La richesse culturelle et artisanale de Kairouan attire inévitablement une facette commerciale plus agressive. Naviguer dans les souks sans tomber dans le piège des rabatteurs est une compétence essentielle pour une visite sereine. L’erreur classique est de se laisser guider par un « ami » providentiel qui vous aborde avec un grand sourire, vous offre son aide et vous promet de vous montrer « la vraie boutique de sa famille », souvent située dans une ruelle isolée.

Le scénario est presque toujours le même : une fois dans la boutique, on vous offre le thé à la menthe, créant une dette morale qui rend le refus d’acheter beaucoup plus difficile. S’ensuit une démonstration de tapis énergique et une pression psychologique intense pour conclure une vente. En acceptant de suivre le rabatteur, vous perdez le contrôle de votre temps et de vos décisions. L’expérience, qui devrait être un plaisir, se transforme en une situation de stress.
Après la visite guidée de la mosquée, le guide nous laisse dans une salle. Un vendeur de tapis nous installe et nous offre du thé avec des makrouds. […] Notre ‘guide’ improvisé veut nous faire entrer dans une boutique. Nous le remercions gentiment en continuant notre route.
– Famille en voyage, Ma Tribu en Vadrouille
La clé est de savoir dire non fermement mais poliment dès le début. Un « La, chokran » (« Non, merci ») clair et sans hésitation est souvent suffisant. Les vrais commerçants, installés sur les axes principaux, vous laisseront regarder à votre aise sans insistance. Pour vous prémunir, suivez une méthode simple.
Plan d’action : Votre guide de survie face aux rabatteurs
- Points de contact : Identifiez le rabatteur dès son approche. Il vous proposera spontanément de vous guider, souvent en prétendant vous reconnaître de votre hôtel.
- Collecte d’informations : Apprenez la phrase clé en arabe tunisien : « La, chokran, andi fikra » (Non merci, j’ai une idée/je sais où je vais). Elle est très efficace.
- Cohérence : Ne jamais accepter une boisson (thé, soda) offerte dans une boutique où vous avez été conduit. C’est le début de l’obligation morale.
- Mémorabilité/Émotion : Distinguez le vrai commerçant (boutique sur un axe passant, accueil calme) du rabatteur (insistance, promesses, vous emmène dans une ruelle).
- Plan d’intégration : Si vous êtes suivi, ne vous engagez pas dans la conversation. Continuez votre chemin sur les artères principales du souk où se trouvent les boutiques légitimes.
Quand partir de Sousse pour faire l’aller-retour à Kairouan dans la journée ?
Pour vivre pleinement l’expérience Kairouan, la logistique de votre voyage est un élément crucial, surtout si vous prévoyez un aller-retour depuis la côte, comme de Sousse. Le timing de votre départ et votre mode de transport détermineront en grande partie la qualité de votre journée. Partir trop tard, c’est risquer d’arriver en même temps que les grands bus touristiques et de subir la chaleur écrasante de l’après-midi.
Deux options principales s’offrent à vous : le louage (taxi collectif) ou la voiture de location. Le louage est l’option la plus économique et la plus immersive. C’est une excellente façon de voyager comme les Tunisiens. Cependant, il a ses contraintes : le véhicule ne part que lorsqu’il est plein, ce qui peut engendrer de l’attente. La voiture de location offre une flexibilité totale mais à un coût bien plus élevé. Une comparaison détaillée des options de transport aide à faire le bon choix selon vos priorités.
| Critère | Louage (taxi collectif) | Voiture de location |
|---|---|---|
| Coût | ~5-8 dinars par personne | ~60-80 dinars/jour + essence |
| Durée du trajet | 1h15 (départ quand plein) | 1h (départ immédiat) |
| Flexibilité horaire | Limitée aux heures de service | Totale |
| Expérience locale | Immersion avec les locaux | Indépendance totale |
| Astuce | Arriver tôt, payer au guichet | Réserver à l’avance |
Quel que soit votre choix, le timing est la clé du succès. Pour profiter de la ville dans les meilleures conditions, un départ matinal est impératif. Voici un planning optimal :
- 8h00 : Départ de Sousse pour éviter le trafic.
- 9h00 : Arrivée à Kairouan, idéalement à l’ouverture de la Grande Mosquée, avant la foule.
- 9h00-13h00 : Visites des sites principaux (mosquée, médina, souks) pendant que la température est encore agréable.
- 13h00-15h00 : Pause déjeuner pour échapper à la chaleur de midi.
- Après 16h30 : Départ de Kairouan pour le retour, afin d’éviter le trafic de fin de journée.
Évitez absolument les retours le dimanche en fin d’après-midi, qui coïncident avec le retour des familles vers les grandes villes et peuvent transformer un trajet d’une heure en un long calvaire.
L’erreur vestimentaire à ne pas faire en visitant les villages conservateurs
Une fois arrivé à Kairouan, et plus largement dans les régions intérieures de la Tunisie, le respect passe avant tout par l’apparence. L’erreur vestimentaire la plus commune pour un touriste est de s’habiller comme à la plage. Shorts courts, débardeurs, robes moulantes ou décolletés sont à proscrire absolument si vous souhaitez être accueilli avec chaleur et respect. Dans une ville sainte et conservatrice, une tenue modeste n’est pas une option, c’est un prérequis.
Il ne s’agit pas de se déguiser, mais d’adapter sa garde-robe. Des vêtements amples et légers en lin ou en coton sont parfaits pour supporter la chaleur tout en couvrant le corps. Pour les femmes, couvrir les épaules et les genoux est le minimum. Pour les hommes, un pantalon ou un pantacourt long et un t-shirt à manches courtes sont bien plus appropriés qu’un short et un débardeur. Cette simple attention transforme radicalement la perception que les locaux ont de vous : vous passez du statut de « touriste » à celui d' »invité ».
Cette règle est particulièrement cruciale pour la visite de la Grande Mosquée. Heureusement, les autorités ont mis en place un système d’hospitalité encadrée pour ne rejeter personne. À l’entrée, des vêtements adaptés (foulards, djellabas) sont prêtés gratuitement aux visiteurs dont la tenue est jugée inadéquate. C’est une solution pratique qui permet à tous de découvrir le lieu, mais arriver avec une tenue déjà correcte est une marque de respect appréciée. Un simple foulard ou un chèche dans votre sac peut servir à vous couvrir la tête ou les épaules à tout moment.
Voici un résumé du code vestimentaire idéal :
- Pour les femmes : Pantalon ample ou jupe longue, haut couvrant les épaules et la poitrine. Emporter un foulard pour couvrir la tête dans les lieux de culte.
- Pour les hommes : Pantalon en toile ou en lin. Éviter les shorts et les débardeurs.
- Chaussures : Des sandales fermées ou des chaussures légères sont plus pratiques et respectueuses que des tongs pour déambuler dans les lieux sacrés et les rues pavées.
Cuivre martelé : pourquoi le travail à la main justifie-t-il le prix ?
De la même manière que le respect de la culture locale se manifeste par une tenue appropriée, il s’exprime aussi par la reconnaissance de la valeur du travail artisanal. Après les tapis, le cuivre martelé est l’autre grand artisanat d’art de Kairouan et de Tunisie. En vous promenant dans le souk, vous entendrez le martèlement rythmé des artisans qui façonnent plateaux, théières et lanternes. Comprendre pourquoi un objet fait main justifie son prix est une autre forme de respect.
Le prix d’un objet en cuivre artisanal ne reflète pas seulement le coût du matériau, mais surtout le temps et le talent investis. Chaque coup de marteau est précis, chaque motif ciselé est le fruit d’années d’apprentissage. Un plateau industriel, pressé par une machine, peut être parfait, mais il est sans âme. Un plateau artisanal, lui, portera toujours les micro-imperfections qui sont la signature de la main de l’homme. C’est cette légère asymétrie, cette profondeur inégale dans les gravures, qui lui confère son caractère unique et sa valeur.
Pour un œil non averti, il peut être difficile de distinguer un produit artisanal d’une copie industrielle importée. Quelques tests simples peuvent cependant vous guider :
- Le test du son : Frappez légèrement l’objet. Le cuivre artisanal, plus dense, produira un son mat et plein, tandis qu’une tôle industrielle sonnera creux et métallique.
- Le test du poids : À taille égale, un objet martelé à la main sera sensiblement plus lourd qu’un produit industriel.
- L’observation des détails : Cherchez les traces du marteau et les petites irrégularités dans les motifs. Ce sont des gages d’authenticité.
- La vérification de l’étamage : Si l’objet est destiné à un usage alimentaire (comme un plat ou une casserole), l’intérieur doit être recouvert d’une couche argentée d’étain. C’est une obligation sanitaire et un signe de qualité.
En posant des questions à l’artisan sur son travail, sur le temps nécessaire à la création d’une pièce, vous n’achetez plus seulement un objet, mais une parcelle de son histoire. C’est le passage d’une transaction commerciale à un véritable échange culturel.
À retenir
- La visite de Kairouan pour un non-musulman repose sur une attitude d’humilité et de compréhension de la « logique du sacré ».
- Le respect se manifeste par des actions concrètes : tenue vestimentaire modeste, comportement discret dans les lieux de culte, et reconnaissance de la valeur de l’artisanat.
- Savoir déjouer les pièges commerciaux (rabatteurs) et planifier sa logistique sont essentiels pour une expérience sereine et authentique.
Tenue vestimentaire et comportement : quelles sont les règles strictes dans une ville sainte ?
Tous les aspects que nous avons abordés – l’artisanat, la nourriture, les légendes – convergent vers un point central : Kairouan n’est pas une ville comme les autres. C’est une capitale spirituelle, un lieu de pèlerinage majeur de l’Islam. Cette sacralité imprègne l’espace public et dicte un ensemble de règles, souvent non-dites, qu’il est crucial de comprendre et d’adopter pour être un visiteur bienveillant.
Kairouan est une des villes saintes et capitales spirituelles de l’Islam. Sept pèlerinages à Kairouan pouvaient remplacer le pèlerinage à La Mecque prescrit pour tous les musulmans.
– UNESCO World Heritage Centre, Fiche du patrimoine mondial de Kairouan
La première règle est celle du comportement non-verbal. Dans la cour de la Grande Mosquée et ses alentours, la discrétion est de mise. Évitez les éclats de voix, les rires bruyants et les conversations au téléphone. L’atmosphère est à la contemplation, et votre quiétude contribuera à la préserver. Les démonstrations d’affection en public, même se tenir la main, sont à éviter. De même, la gestuelle est importante : ne pointez jamais une personne ou un élément architectural du doigt, et encore moins avec le pied, considéré comme impur.

Concernant l’accès à la Grande Mosquée, il est important de savoir que si la cour et les portiques sont ouverts à tous les visiteurs respectueux, la salle de prière est strictement réservée aux musulmans. Tenter d’y pénétrer est l’impair le plus grave. Vous pouvez cependant l’admirer depuis les portes ouvertes, ce qui offre déjà une vue spectaculaire sur ses centaines de colonnes. Enfin, si un local vous corrige poliment sur votre tenue ou votre comportement, la meilleure réaction est un sourire, un « chokran » (merci), et un ajustement immédiat. L’humilité est toujours la meilleure des réponses et la porte d’entrée vers des échanges authentiques.
Voici quelques règles silencieuses à intégrer :
- Ne jamais tourner le dos au mihrab (la niche indiquant la direction de La Mecque) pour prendre un selfie.
- Éviter les photos posées ou ostentatoires ; privilégiez la discrétion.
- Si vous êtes corrigé, ne le prenez pas comme une agression mais comme une aide. Votre volonté de bien faire sera toujours appréciée.
En adoptant cette posture d’invité attentif et humble, votre visite de Kairouan se transformera. Vous ne serez plus un simple spectateur, mais un participant respectueux à la vie d’une cité millénaire. Mettez en pratique cette approche pour découvrir non seulement des monuments, mais aussi l’âme d’une ville et l’hospitalité de ses habitants.